Industrialisation : le Maroc prend la tête du continent africain devant l’Afrique du Sud

Le Maroc est devenu en 2025 la première économie industrielle d’Afrique, selon un rapport publié par la Banque africaine de développement (BAD). Une progression majeure pour le royaume, qui dépasse pour la première fois l’Afrique du Sud dans le classement continental de l’industrialisation.

Présenté à Brazzaville à l’occasion des Assemblées annuelles 2026 de la BAD, le rapport met en lumière une transformation profonde mais progressive des économies africaines. L’institution parle d’une évolution industrielle « silencieuse mais irréversible », même si celle-ci reste encore concentrée dans quelques régions du continent.

La BAD a dévoilé simultanément l’édition 2025 de son Indice d’industrialisation de l’Afrique (AII) ainsi que le premier Baromètre de l’investissement industriel africain (AfIIB), développé avec WITBA Invest SA et Trendeo. Ces deux études dressent un panorama des pays qui accélèrent leur industrialisation et des économies qui parviennent à attirer les investissements productifs.

Le principal enseignement du rapport concerne la percée marocaine. Selon la BAD, le royaume a réussi à construire une base industrielle diversifiée grâce à une stratégie engagée depuis près de deux décennies. Cette politique repose sur des investissements massifs dans les infrastructures, l’amélioration du climat des affaires et l’intégration du pays dans les chaînes de valeur internationales.

L’essor du complexe portuaire Tanger Med illustre cette dynamique. Devenu le premier port d’Afrique, il joue aujourd’hui un rôle central dans les échanges commerciaux et l’attractivité industrielle du pays. Le rapport souligne également la montée en puissance des zones industrielles et l’augmentation continue des investissements étrangers.

L’économie marocaine ne se limite plus à ses secteurs historiques. Si l’automobile et les phosphates demeurent des piliers importants, l’aéronautique s’impose désormais comme l’un des symboles de la montée en gamme industrielle du royaume.

Pour Abdelmalek Alaoui, président de l’Institut marocain d’intelligence stratégique, cette évolution résulte d’un choix politique assumé. « Le pari du Maroc a été de miser très tôt sur des industries à forte valeur ajoutée comme l’aéronautique et l’automobile », explique-t-il. Selon lui, les investissements publics dans les infrastructures, les télécommunications et la logistique ont créé un environnement favorable à l’arrivée de grands groupes internationaux.

La BAD note toutefois que l’industrialisation africaine reste marquée par de fortes disparités régionales. Le commerce intra-africain représente seulement 14,4 % des échanges du continent, signe de chaînes de production encore peu intégrées.

« Quarante-et-un pays africains progressent désormais dans la bonne direction », a déclaré Ousmane Fall, directeur du développement industriel et commercial de la BAD. Il estime néanmoins que le continent devra renforcer ses infrastructures, ses capacités de financement et ses industries locales pour accélérer sa transformation économique.

L’Afrique du Sud conserve une puissance industrielle importante, mais son recul progressif en matière de compétitivité a ouvert la voie à la progression marocaine. Le rapport observe également que l’Afrique du Nord et l’Afrique australe demeurent les régions les plus avancées en matière de production industrielle et d’exportations à haute valeur ajoutée.

En prenant la première place du classement continental, le Maroc confirme ainsi sa volonté de s’imposer comme une plateforme industrielle majeure entre l’Europe, l’Afrique et le reste du monde.

 

 

Andreï Touabovitch