Premier procès en Allemagne pour des crimes contre l’humanité commis en Syrie

Le procès de deux anciens membres des services de renseignement syriens, accusés d’avoir torturé des milliers de détenus, s’est ouvert jeudi matin, devant la justice allemande, une première depuis le début de la guerre en Syrie. 

Pour pouvoir juger les prévenus, l’Allemagne applique le principe juridique de la compétence universelle qui permet à un Etat de poursuivre les auteurs de crimes quels que soit leur nationalité et l’endroit où ces crimes ont été commis. 

Une douzaine de victimes de torture devraient témoigner au cours de ce procès placé sous haute sécurité et qui se tiendra au moins jusqu’à la mi-août devant le tribunal de Coblence. 

Le principal suspect, Anwar Raslan, 57 ans, présenté comme un ancien colonel de la Sûreté d’Etat, est poursuivi pour crimes contre l’humanité. La justice lui reproche d’être responsable de la mort de 58 personnes, de la torture d’au moins 4.000 autres, d’un viol et de sévices sexuels aggravés entre avril 2011 et septembre 2012 dans le centre de détention d’Al-Khatib à Damas, dont il avait la charge. 

Le deuxième accusé, Eyad al-Gharib, 43 ans, comparaît pour complicité de crime contre l’humanité pour avoir participé à l’arrestation de manifestants emmenés dans cette prison, entre septembre et octobre 2011. 

Les deux hommes avaient fui la Syrie respectivement en 2012 et 2013, craignant les représailles des combattants anti-Assad de l’ASL (Armée syrienne libre). Ils avaient tous deux fui et déposé une demande d’asile en Allemagne avant que l’un d’entre eux ne soit reconnu par l’une de ses victimes alors qu’il faisait ses courses dans un supermarché berlinois. 

Les détenus de la prison d’Al-Khatib avaient pour la plupart participé aux manifestations réclamant liberté et démocratie en Syrie dans le cadre du Printemps arabe à partir de mars 2011. 

Selon le parquet de Coblence, ces détenus ont reçu « des coups de poing, bâton, câble, fouet et subi des électrochocs», mais des sévices psychiques comme « des privations de sommeil pendant plusieurs jours » pour faire des aveux et donner des informations sur l’opposition.

Andreï Touabovitch