Où va le Chili ?

On les appelle les républiques de banane, les républiques des coups d’État, ou encore les républiques des grandes crises…Oui.on parle bel et bien des pays de l’Amérique latine, bien que nous ne soyons pas d’accord avec ces qualificatifs péjoratifs. Certes, il y a une part de vérité en ça, mais sûrement pas toute la vérité !

En fait, cette région du monde a été pendant longtemps le fief de civilisations éternelles, et ses habitants ont été parmi les pionniers du développement humain. Nous citerons à cet égard juste les civilisations dites « précolombiennes » qui sont celles qui se sont développées en Amérique centrale et en Amérique du Sud avant l’arrivée de Christophe Colomb en 1492.


Les plus connues d’entre elles sont les civilisations maya, inca et aztèque. Elles ont été anéanties au 16e siècle par les soldats espagnols (les « conquistadores ») venus conquérir les terres du continent américain le « Nouveau Monde »au nom de la Couronne espagnole.

Le siècle dernier était témoin de quelques déboires de certains pays de cette zone du continent américain, qui ont eu des répercussions sur le reste du monde, et la doctrine communiste s’est largement instaurée avec ,surtout, l’amorce de la guerre froide, et la propagande qui a accompagné l’accès au pouvoir de Fidel Castro, soutenue par une figure devenue un symbole de la liberté et de la lutte contre « l’impérialisme », à une époque où les coups d’État étaient à la mode dans les pays sous développés. On disait que si en Afrique les putschs militaires en Afrique étaient menés par des capitaines au moins en Amérique latine ils étaient menés par des généraux !!!

La fin de la guerre froide a fait de nombre de ces pays des orphelins délaissés à leur propre destin sans aucun soutien, et les slogans communistes et socialistes sont tombés à l’eau.

Dernièrement les projecteurs ont été lancés de nouveau sur la région, après que le printemps n’est plus uniquement qu’arabe !!! Le monde semble sous l’emprise des soulèvements sociaux dans un monde caractérisé par l’injustice sociale et l’absence d’une répartition équitable des ressources. Parmi ces pays latino américains, on parlera du chili. Quel mouche a bien pu alors piquer les chiliens pour sortir protester ?!!

La crise a éclaté lorsque, sur recommandation d’un groupe d’experts des transports publics, le gouvernement du président SebastiánPiñera a décidé d’augmenter le prix du ticket de métro de 30 pesos, pour atteindre un maximum de 830 pesos (environ 1,17 $ US).

En guise de protestation, les étudiants ont commencé à faire des «évasions massives» dans le métro, soulevant les tourniquets pour entrer sur les quais sans payer. Toutefois, des experts considèrent cette augmentation de partie apparente de l’iceberg, ou de goutte qui a fait déborder le vase. En fait, plusieurs raisons expliquent cet acharnement des manifestants qui ont perdu au moins 18 des leurs.

Primo, Le mot « inégalité » est devenu le slogan des centaines de manifestants insistant sur le fait que le fossé social dans ce pays sud-américain est excessif. Comme partout dans le monde :les riches s’enrichissent plus et les pauvres s’appauvrissent davantage !

Secundo, le taux d’inflation a atteint des niveaux records. Selon une étude récente de l’Université Diego Portales, et sur un total de 56 pays à travers le monde, le Chili est le neuvième plus cher !Ainsi, certaines familles à faible revenu peuvent consacrer près de 30% de leur salaire rien qu’ au transport.

Tertio : La région est en ébullition et l’effet de la contagion n’est pas à écarter. Des pays latino américains considérés, jusque là, comme étant de vrais bastions (le Venezuela et la Bolivie), se sont effondrés, ce qui a ouvert l’appétit aux changements.

Quarto : La montée du populisme et son érection en tant qu’alternative politique pour trouver des solutions « outside the box ». Vox en Espagne, frente de todos (front de tous) en Argentine,…..

Ces raisons, ainsi que d’autres, sont en mesure d’expliquer le soulèvement dans ce pays latino américain et qui a pris des formes inédites allant jusqu’à des pratiques provocantes. Le monde étant un petit village, ses citoyens sont influencés par cette montée de protestations, animée par les nouvelles technologies de l’information et de la communication, surtout en absence d’un ordre économique et politique mondial claire pouvant orienter les Etats vers, d’abord la création des richesses, mais surtout vers une répartition plus équitable de ces richesses. Les institutions de Brettonwoods ne peuvent plus être considérées comme comme des « régulateurs » de l’économie mondiale, puisque les équilibres se font presque toujours au détriment du social.« le printemps » des peuples ne peut que devenir un automne ou encore un hiver, surtout que les mouvements de protestation n’ont généralement pas de leaders, et l’étincelle de l’appel à manifester émane des réseaux sociaux, à telle enseigne que l’on imagine que ce sont des robots qui en sont derrière. Si la sagesse ne prend pas place dans ces pays, comme a fait le Maroc en 2011, ils ne pourraient échapper à un sort des deux : Retour en force de l’institution militaire (bien que déguisée en civile), ou la naissance d’une nouvelle tyrannie, celle de «  la rue ». Nous pensons que les militaires ne laisseraient jamais passer le deuxième choix, et l’Histoire va se répéter dans cette zone du continent américain, avec des coups d’État plus soft et plus intelligent. L’expérience existe déjà dans pas mal de pays arabes, et elle semble être «  à la mode ». La nostalgie peut également faire son effet !!

Andreï Touabovitch