Montebourg, la tentation de Matignon ?

L’annonce a fait office de pavé dans la mare. En affirmant qu’il fallait désormais ouvrir le débat sur la politique d’austérité européenne , le bouillonnant ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg, serait- il en train de créer une ligne de fracture au sein d’un gouvernement Ayrault par ailleurs déjà très fragilisé ?

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C’est ce que semblent penser un certains nombre d’observateurs qui voient dans cette dernière saillie sous forme d’interview du fringuant avocat au journal le Monde une volonté de peut-être se désolidariser d’un bateau gouvernemental qui semble, par bien des aspects, en train de prendre l’eau de toutes part.

De surcroit, Montebourg n’a pas choisi n’importe quel support pour ouvrir le débat, puisque le Journal Le Monde émet depuis plusieurs semaines des réserves sur la politique poursuivie par François Hollande, bien que le support soit catalogué historiquement comme étant plutôt à gauche. Montebourg prend donc le risque (calculé ?) d’installer un rapport de force avec le Président de la République, à moins que l’avocat ne soit en train de jouer une partition très personnelle qui viserait à lui ouvrir les portes de Matignon.

En effet, selon des sources très proches du ministre, ce dernier estimerait qu’il serait « en situation » de pouvoir prétendre à la tête de l’exécutif, car il estimerait que Jean Marc Ayrault serait « carbonisé », son gouvernement à bout de souffle et que l’affaire Cahuzac n’aurait été que le « détonateur » d’une bombe à retardement qui attendait son heure depuis plusieurs mois.

De plus, depuis le camouflet qu’il avait du subir suite au désaveu de son plan de nationalisation du site de Florange Arcelor-Mittal , Arnaud Montebourg entretient , de l’avis général, des relations exécrables avec son premier ministre, qu’il accuse d’avoir saboté son plan et de l’avoir fragilisé .

En s’en prenant à la politique d’austérité européenne, de l’avis général , Montebourg tente de se positionner comme un acteur national et non plus comme un simple membre du gouvernement, il veut donc organiser la rupture et se préparer soit à monter en grade dans l’exécutif, soit à le quitter. Selon une source au sein de l’Elysée, « il est désormais clair que Montebourg veut forcer la main à François Hollande afin que ce dernier n’aie d’autre alternative que de le nommer à Matignon. » Il n’est cependant pas sûr que cette stratégie s’avère payante car face à un François Hollande maître d el’esquive, et qui n’affectionne rien moins que de se ménager plusieurs fers au feu , le tempérament d’Arnaud Montebourg pourrait lui jouer des tours…

 

Francis Shwarz

Francis Shwarz

ancien Senior Consultant spécialisé dans les questions de stratégie économique au sein de la société Boston Consulting Group (BCG), et ancien manager au sein du groupe spécialisé dans les services pétroliers Schlumberger. en savoir plus

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