Chine : les dettes de l’Afrique

Le ministre chinois des Affaires étrangères Wang Yi effectue une visite en Afrique du 2 au 6 janvier, dans la continuité d’une tradition de 29 ans selon laquelle l’Afrique est la destination du premier voyage international de M. Wang et de ses prédécesseurs au début de chaque nouvel an.

Lors de son périple, le ministre chinois des Affaires étrangères a relativisé les « inquiétudes » liées à la dette de l’Afrique à l’égard de la Chine dès son arrivée en Ethiopie, première étape d’une tournée dans quatre pays africains.

Le chef de la diplomatie chinoise qui se rendra ensuite en Gambie, au Sénégal et au Burkina Faso, a reconnu lors d’une conférence de presse à Addis-Abeba, « qu’en terme de financement, certains pays africains ont rencontré des difficultés ».

« La Chine y attache beaucoup d’importance, en tant que bon ami et frère de l’Afrique », a-t-il ajouté, se disant « toujours prêts à faire un geste quand les pays africains en ont besoin. »

La Chine a investi ces dernières années dans plusieurs projets d’infrastructures sur le continent africain, et de nombreux dirigeants voient dans Pékin un meilleur partenaire commercial que les pays occidentaux.

Certains pays africains voient la Chine en tant que partenaire stratégique plus qu’une coopération économique.

Mais les craintes de voir la Chine présenter la note un jour ou l’autre sont bien présentes. La dette publique en Afrique subsaharienne représentait 45 % du PIB fin 2017, soit une hausse de 40 % en trois ans.

Christine Lagarde, s’exprimant en avril dernier dans la capitale chinoise à l’occasion d’un forum sur les « Nouvelles routes de la Soie », le colossal plan lancé par le président chinois Xi Jinping en 2013 pour déployer routes, ports, voies ferrées et parcs industriels à travers l’Asie, aux portes de l’Europe et jusqu’en Afrique, avait déclaré : « Il ne faut pas que les pays acceptant d’accueillir des chantiers des routes de la Soie aient le sentiment que c’est un repas gratuit ».

Des propos alarmants qui tranchent avec ceux du président de la Banque africaine de développement. Dans une récente interview au Point Afrique, ce dernier se confiait sur ces craintes qui viennent surtout de l’Europe et des États-Unis. « Je peux vous dire que l’Afrique n’est pas dans une situation de crise de dettes. Si vous prenez au niveau du ratio de dette par rapport au PIB en 2010, nous étions à environ 22 % en 2017. Nous sommes à 37 %, et la limite, c’est 40 %. Si vous prenez le niveau d’endettement des pays émergents et même ceux des pays développés, il est beaucoup plus élevé et atteint parfois les 150 % du PIB.

 

Andreï Touabovitch