Énigmatique, indéchiffrable, mais sans conteste incontournable, les adjectifs ne manquent pas pour qualifier le Président du Burkina Faso, Blaise Compaoré, qui se prépare vraisemblablement à se présenter à un nouveau mandat lors des élections présidentielles du printemps prochain.

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Selon plusieurs observateurs, c’est la situation sécuritaire régionale, fortement instable, combinée à l’absence de successeur crédible dans le camp présidentiel mais également dans l’opposition, qui a contribué peu à peu à forger la conviction de Blaise Compaoré que sa future candidature était « inéluctable ».

Les perspectives d’un référendum pour la révision de la Constitution au Burkina Faso se précisent donc, avec la forte mobilisation des partisans d’une réforme devant permettre au président de briguer un troisième mandat en 2015, en dépit de la tenace opposition des anti-référendums.

Le camp présidentiel a retrouvé un sang nouveau après la forte mobilisation des pro-Compaoré le 21 juin dernier, comme l’a constaté l’agence Française AFP . Dans un  « stade du 4 août » archi-comble, les partisans de l’amendement de l’article 37 ont ainsi fait entendre leur voix. Portant ostensiblement des tee-shirts estampillés du slogan « Oui Pour Le Referendum », plus de 40.000 partisans de la réforme étaient là. Ils avaient envahi très tôt le stade de la capitale, d’une capacité maximum de 35.000 places. Tous se sont mobilisés  à l’appel du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), le parti du président Blaise Compaoré.

Quelques semaines plus tôt, l’opposition avait eu moins de bonheur dans le même stade. Regroupée dans une coalition de partis farouchement opposés à la modification de l’article 37 qui limite à deux les mandats présidentiels, l’opposition avait eu plus de peine à remplir le grand stade de Ouagadougou. Malgré sa ferme  détermination à contrarier les ambitions du président, l’opposition souffre d’un désavantageux morcellement qui ne favorise pas ses desseins politiques à court terme. L’opposition porte les germes de sa faiblesse dans sa propre composition hétéroclite.

Aux côtés de l’ancien ministre Zéphirin Diabré, chef du parti de l’Union Pour le Changement (UPC) qui s’est allié avec Hama Arba Diallo, arrivé en 2ème position lors de l’élection présidentielle de 2010, on retrouve aussi d’anciens membres du parti du président. La plupart nourrissaient leurs propres ambitions présidentielles à l’ombre de Blaise Compaoré. En décembre 2013, étant définitivement fixés sur les intentions du président de recourir éventuellement au référendum, ils ont intempestivement claqué la porte du CDP. C’est le cas de l’ancien chef du parti, Roch Marc Christian Kaboré et de Simon Compaoré, l’ex-maire de Ouagadougou, qui ont quitté le parti présidentiel en janvier 2014. Victor Tiendrébéogo, a également rejoint les démissionnaires dans leur nouveau parti, le Mouvement du Peuple pour le Progrès (MPP).

En plus de l’opposition politique traditionnelle, des syndicalistes, des universitaires, des artistes… s’opposent avec la même ardeur à la réforme Constitutionnelle. Celle-ci devrait également se traduire par la création d’un Sénat, que l’opposition juge budgétivore et sans grand rendement politique. Parmi les artistes les plus en vue, Smockey (Serge Martin Bambara) et Sama Karim ont créé le mouvement « Balai Citoyen », violent pourfendeur du parti au pouvoir.

« Une  figure régionale par lequel tous les palabres convergent »

Pourtant, Blaise Compaoré reste inébranlable face aux attaques de l’opposition. Les accusations de mainmise du clan présidentiel sur l’économie n’ont apparemment pas eu l’effet escompté, car personne n’a pu, à ce jour, prouver qu’il y aurait eu enrichissement personnel de Compaoré, qui, de l’avis de tous, mène un train de vie plutôt frugal.

De plus, le Président Brukinabé bénéficie aujourd’hui de l’avantage d’une reconnaissance générale pour avoir su maintenir la stabilité dans le pays, dans un contexte régional tourmenté. Son rôle central dans la médiation de conflits, mais également en tant que négociateur discret pour la libération d’otages occidentaux aux mains des islamistes radicaux du sahel, a également contribué à « forger sa statue de  figure régionale par lequel tous les palabres convergent », comme le résume de manière lumineuse une source haut placée au sein du ministère des affaires étrangères français, le Quai d’Orsay.

Pour Paris, comme pour la communauté internationale, le Burkina Faso est en effet devenu le pays « pivot » dans la région au moment où, à ses frontières, la crise malienne persistante et la multiplication des mouvements armés et des groupes terroristes dans toute la zone du Sahel, représentent des facteurs d’instabilité permanents.

Ce sont certainement ces qualités qui ont contribué à la consécration du chef d’Etat Burkinabé au niveau régional, puisqu’il a été nommé par la  CEDEAO médiateur pour le rétablissement de la paix au Mali. Ses qualités de négociateur lui ont permis de désamorcer, au moins  partiellement, la crise entre le gouvernement de Bamako et les groupes rebelles du Nord du Mali, notamment le Mouvement séparatiste touareg du MNLA.

« Une obsession: cultiver le caractère incontournable du Faso »

Une envergure régionale et internationale patiemment forgée,  qui ne manquera pas de servir les ambitions politiques de Compaoré dans son propre pays lors des échéances électorales à venir. Comme le résume un fin observateur de la sous région : « Le Président Burkinabé n’a qu’une seule obsession: cultiver le caractère incontournable du Faso… ».

 

 

 

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